L’USPTO rejette le controversé brevet Pokémon « Summon and Fight » de Nintendo

Dans un coup dur pour la stratégie de protection de la propriété intellectuelle de Nintendo, l’Office américain des brevets et des marques (USPTO) a rejeté le controversé brevet Pokémon « summon and fight » de la société dans une décision non définitive. Cette décision confirme ce que les avocats spécialisés en PI affirmaient depuis des mois : ce brevet n’aurait jamais dû être accordé.

Ce que le brevet Pokémon « Summon and Fight » de Nintendo revendiquait réellement

Le brevet américain n° 12,433,397, accordé à Nintendo et à The Pokémon Company en 2025, tentait de couvrir le mécanisme consistant à invoquer un sous-personnage — en clair : un Pokémon — pour combattre dans un mode de jeu spécifique. En termes simples, il s’agissait essentiellement d’un brevet sur la boucle de gameplay qui définit les jeux Pokémon depuis près de trois décennies : lancer une balle, le créature combat, capturer d’autres créatures.

Les experts en PI ont rapidement souligné que ce mécanisme est fondamental dans des dizaines de jeux bien au-delà de Pokémon. Persona, Digimon et même Elden Ring — selon la portée donnée aux revendications — pourraient théoriquement tomber dans ce champ. Comme l’a déclaré Florian Mueller sur les réseaux sociaux, Nintendo « n’aurait jamais dû » obtenir ce brevet, tandis que l’avocat en brevets de jeux vidéo Kirk Sigmon a déclaré à PC Gamer que « ces revendications n’étaient en aucun cas recevables ».

Le tollé a été suffisamment important pour que, en novembre 2025, le directeur de l’USPTO John A. Squires prenne l’initiative rare d’ordonner un réexamen initié par le directeur, le premier du genre depuis 2012, sans qu’un tiers ait besoin de demander cette procédure.

Pourquoi l’USPTO a rejeté le brevet de Nintendo : antériorité et évidence

Selon le reportage de Games Fray, l’examinateur de l’USPTO a rejeté toutes les 26 revendications dans la décision d’avril 2026. Les motifs : antériorité, c’est-à-dire que le mécanisme avait déjà été documenté dans des demandes de brevets américaines publiées avant le dépôt de Nintendo.

Sur ces 26 revendications :

  • 18 ont été jugées comme des combinaisons évidentes de deux références antérieures
  • Les 8 restantes ont été rejetées comme des combinaisons évidentes de trois références

Fait remarquable : deux de ces demandes antérieures provenaient de Nintendo lui-même, et une chacune de Konami et Bandai Namco complétait la preuve.

Il est important de noter que l’USPTO s’est basé uniquement sur des demandes de brevets publiées comme antériorité, et non sur des jeux réels — un détail que Florian Mueller a souligné comme rendant les arguments d’évidence plus complexes. Néanmoins, le résultat est clair : toutes les revendications sont rejetées.

Ce que cela signifie pour le procès Palworld contre Pocketpair

C’est ici que les choses deviennent intéressantes — et légèrement compliquées. Ce brevet américain particulier n’est pas l’un de ceux que Nintendo a cités dans sa plainte de septembre 2024 contre Pocketpair, le développeur de Palworld, au Japon. Ce procès en cours porte sur trois brevets japonais relatifs aux mécaniques de capture, de libération et de montée sur les créatures — distincts de ce brevet d’invocation.

Pourtant, la décision de l’USPTO a une valeur symbolique. Elle montre que les brevets de mécaniques de gameplay rédigés de manière large — comme ceux que Nintendo a utilisés contre Pocketpair — sont susceptibles d’un examen rigoureux. Le procès japonais est resté silencieux depuis octobre dernier, et Pocketpair a déjà apporté des changements significatifs aux mécaniques de Palworld, notamment en supprimant la possibilité d’invoquer des Pals via des Pal Spheres à la manière des Poké Balls.

Il est crucial de noter que ce rejet est non définitif. Nintendo dispose d’un délai de deux mois — prorogeable — pour répondre en modifiant ses revendications ou en contestant le rejet. La société peut également faire appel devant la Federal Circuit Court. Même la sauvegarde d’une seule revendication restreinte pourrait donner à Nintendo un certain pouvoir d’action, donc le combat est loin d’être terminé.

Ce que la décision de l’USPTO signifie pour les brevets de mécaniques de jeu en général

Au-delà de l’affaire Nintendo-Palworld, cette décision a été accueillie avec un certain soulagement par la communauté des développeurs indépendants. La crainte qu’une entreprise puisse breveter des mécaniques fondamentales de genre — invoquer, capturer, commander des créatures — puis utiliser ces brevets contre des concurrents a longtemps préoccupé les studios plus petits.

Les jeux basés sur des boucles de domptage de monstres, de combat au tour par tour en équipe, ou de collection de créatures — des genres existant bien avant Pokémon — disposent désormais d’un précédent plus clair indiquant que de telles revendications larges ne tiendront pas automatiquement.

Le fait que l’USPTO ait agi de sa propre initiative, sans demande d’un tiers, est également un signal fort de la manière dont l’office reconsidère sa politique sur la propriété intellectuelle dans le jeu vidéo.

Nintendo détient d’autres brevets américains liés à Pokémon qui ont résisté à des critiques similaires, donc il ne s’agit pas d’un démantèlement complet de sa position en PI, mais cette décision marque une fissure notable dans une stratégie déjà fortement critiquée par l’industrie.GamesHub continuera de suivre le processus de réexamen de l’USPTO et les procédures japonaises parallèles au fur et à mesure des développements. Le prochain moment clé sera la réponse officielle de Nintendo au rejet, attendue dans les mois à venir.

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